Deux étudiants de la 87ème promotion représentaient cette année l’ESJ aux Assises internationales du journalisme les 8, 9 et 10 novembre derniers à Poitiers. C’était la cinquième édition de ce rendez-vous annuel qui rassemble les différents acteurs des médias autour des grandes questions qui traversent la profession. 3 jours de conférences, de débats, d’échanges… et un bilan.

 

Atelier “Journalistes et lecteurs , éduquer l’un et l’autre ?”

3 jours et une surprise…

 

Contrairement à l’idée que l’on se fait des Assises comme “grand messe des journalistes”, les représentants des médias étaient assez peu nombreux dans les débats. Les intervenants et l’audience se composait essentiellement d’étudiants et d’intervenants en écoles de journalisme, de chercheurs, de représentants syndicaux et de journalistes retraités.

Plus frappant encore : le monde de la télévision était complètement mis au ban des Assises. Aucun atelier ne lui était consacré, et aucune figure de la télévision n’était présente. Si la radio a eu le droit à son atelier, c’est bien le web qui a dominé cette année les débats.

 

Table ronde dans le Foyer du Théâtre auditorium de Poitiers


3 jours et des rencontres…

 

·    Faute de confrères en rédaction, ces Assises ont eu le mérite de rassembler les acteurs des médias habituellement dans l’ombre. Deux sociologues des médias à la terrasse d’un café, une réunion syndicale dans le restaurant du Théâtre auditorium de Poitiers, une collection de jeunes pigistes à la pause. L’occasion d’échanger sur les questions qui préoccupent les uns les autres.

        

        Ces Assises nous ont aussi permis de rencontrer des étudiants d’autres écoles de journalisme. Les “aspirant journalistes” étaient parmi les seuls à suivre les trois jours de ce marathon de conférences. Autant d’occasions d’échanger sur nos formations respectives, nos envies professionnelles et nos pratiques de jeunes journalistes.

Nous étions par ailleurs invités dans le cadre du prix des Assises pour récompenser, avec 24 collègues étudiant dans les écoles reconnues de France, l’article ayant le mieux questionné la pratique du métier. Le jury, présidé par Pierre Haski, cofondateur de Rue89, s’est réuni mercredi 9 pour choisir son lauréat. C’est finalement l’article Marie Cailletet “Sortir la banlieue de la rubrique faits divers” (Télérama, 2 avril 2011) qui a été récompensé pour son traitement des problématiques du journalisme dans les banlieues françaises.

>> Le palmarès complet du Prix des Assises.

 

Une partie du jury étudiant pendant les délibération


3 jours et des questions…

 

  1. Comment vont les journalistes ?

Comme chaque année, les Assises ont été l’occasion de révéler les résultats du baromètre annuel CSA sur le moral des journalistes, toujours aussi peu brillant, même si l’on peut se réjouir de voir qu’encore 85% des journalistes sont contents d’avoir choisi ce métier.

 

  1. Renouer avec le lecteur

Au coeur de plusieurs conférences et débat : les différentes façons de recréer un “contrat de confiance” entre le journaliste et son public. Avec la multiplication des espaces de parole libre pour les citoyens sur Internet, les journalistes voient leur rôle de diffuseur de parole remis en cause et fréquemment questionné par les lecteurs. Aux journalistes de réaffirmer leur rôle de détenteur de l’information juste, de recoupeur de l’information, mais aussi d’apprendre à écouter la parole du lecteur.

Un conseil à retenir ? “Il faut apprendre à répondre aux mails ou commentaires des lecteurs. Cela remet un peu d’humain dans l’échange, le lecteur comprend alors qu’il ne s’adresse pas à une machine et ses réactions deviennent beaucoup moins agressives” (Aude Baron, rédactrice en chef du Plus, espace participatif du Nouvelobs.com)

 

  1. Traiter de la banlieue :

Faut-il y voir une coïncidence ? Le journalisme en banlieue, au coeur de deux débats, a aussi fait l’objet de deux récompenses. Le prix des étudiants (lire plus haut) et celui remis par le jeune jury de l’opération “Stop aux clichés sur les jeunes” dans la catégorie télévision. Depuis les émeutes dans les banlieues françaises en 2005, la question de la couverture médiatique de l’actualité dans les périphéries urbaines et populaires a donné naissance à différents projets comme les Bondy Blog, et Reporters citoyens. L’objectif : proposer une approche nouvelle de la vie dans les quartiers sensibles.

Dernier projet en date, mettre en place un “journalisme en résidence” dans un quartier populaire. Un projet d’immersion journalistique, au plus près des habitants de ces quartiers, et de formation journalistiques. Une idée en cours de maturation, portée par l’association Journalisme et citoyenneté qui organise les Assises.

 

  1. Les nouvelles pratiques journalistiques :

Nombre de débats ont tourné autour de nouvelles pratiques du métier, liées à l’émergence du numérique : fact-checking, journalisme participatif, webdocumentaire, datajournalisme, utilisation des réseaux sociaux… Autrefois regardées de haut, ces évolutions ont cette année définitivement gagné leurs lettres de noblesse.

Des questions demeurent : les écoles doivent-elles être à la pointe de ses avancées, au risque de “surqualifier” leurs étudiants, ce qui effraie parfois les rédactions “traditionnelles” ? Pourrait-on établir des ponts entre écoles et médias, grâce à des incubateurs, des pôles de recherche au sein des médias ou des projets post-diplôme, comme aux Etats-Unis ?

Quoiqu’il en soit, une évolution positive liée à Internet a mis tout le monde d’accord : contrairement à ce que l’on pouvait craindre, on constate que la révolution web a permis un retour du journaliste sur le terrain, grâce au boom des projets hyperlocaux.

 

Conférence L’actualité 2011 au prisme de l’éthique avec Jean-Marie Dupont (CLEMI), Jaques Camus (République du Centre), Nicolas Demorand (Libération) et Jérôme Sainte-Marie (CSA)


3 jours et des mots nouveaux…

  1. Live-tweet : Multiplication des smartphones oblige, une des stars de ces Assises aura été le fil de tweets consacré à ces Assises : #assisesj. Etudiants et journalistes ont proposé des comptes-rendus en temps réel des conférences sur le réseau social Twitter, parfois retransmis sur des écrans géants dans les salles de conférence. Le meilleur moyen de suivre une conférence à laquelle on ne pouvait assister, ou de poser une question à un intervenant sans avoir à prendre un micro !
  2. Webdocumentaire : à mi-chemin entre le docu et le web, le webdocu commence à être reconnu comme une forme de narration journalistique à part entière. En témoignent les sessions de formation et les projets réalisés par plusieurs écoles (IJBA, IFP, IUT de Lanion, CFPJ)
  3. Fact-checking : détection des mensonges dans les discours des politiques (et autres acteurs publics). Bill Adair était présent pour présenter son site Politifact, pionnier en la matière. En France, Libération s’y met progressivement avec “Désintox”, et LeMonde.fr avec “Les Décodeurs
  4. RNT (Radio Numérique Terrestre) : équivalent de la TNT pour la radio, censé ouvrir le club très fermé des radios possédant des fréquences. Malgré le frein exercé par les grandes radios privées (à cause de la concurrence qu’elles pourraient subir), la RNT pourrait voir le jour en 2012.

 

Pour en savoir plus

  1. Le site officiel des Assises du journalisme
  2. Le compte-rendu exhaustif des Assises, par les étudiants de l’IUT de Cannes